Mille ans d'histoire !


( 15 résumés, enrichis de textes et d'images ).


1 - Le don d'Allowin

 9 - Un leitmotiv : peu de ressorces
2 - En espèces et en nature 10 - Comme Job sur son fumier
3 - La lutte pour le glaive 11 - Hofmann, Schneider, Von Kreigsheim und Kie
4 - Sous le signe de la croix noire 12 - De grèves en crise
5 - Par le fer et par le feu 13 - Le prix des larmes et du sang
6 - Autour du donjon 14 - Trois décennies décisives
7 - La révolution des laboureurs 15 - Des microprosseurs et de berlouffes
8 -Labourage et tissage  



1.  Le don d'Allowin


Q uand Wattrelos est-elle née?
Le plus ancien document jusqu'ici retrouvé dans lequel est mentionné Waterlos - l'un des multiples avatars orthographiques de son nom - n'est pas daté; toutefois c'est une lettre d'Othebold, abbé de Saint-Bavon à la comtesse Otgive, épouse du comte de Flandre Baudouin IV, dit le Barbu; elle a été écrite entre les années 1019 et 1030 et permet de déduire sans conteste que Wattrelos existait déjà en l'an 846.
Mais antérieurement? Dans l'épaisse forêt nervienne ou ménapienne, domaine des éléphants, des cerfs, des bovidés venant se désaltérer dans l'Espierre, des hommes avaient-ils, déjà, aménagé des aires d'habitation et de culture?
La villa gallo-romaine (ensemble de propriétés rurales dépendant d'une maison principale) a-t-elle surgi après la conquête des Gaules par Jules César ou, bien plus tard, vers le VII siècle? De la présence romaine il resta, dans le bourg, jusqu'au XIII siècle, une "carrorum via" (route des chars), vestige peut-être de la grande voie de Tornacum (Tournai) à Viroviacum (Wervicq) ou, plus vraisemblablement, de l'embranchement qui menait à Pecq. Il reste, aussi, cette trouvaille d'un cultivateur qui, en 1864, en ramassant des pommes de terre, récolta, en outre, une pièce d'or à l'effigie de Néron.
 
Allowin, canonisé sous le nom de St-Bavon

Sceaux,  des abbés de Saint-Bavon




2.  En Espèces et en nature



Ruines de Saint-Bavon

Jacques Necker, directeur des finances qui intervint pour Wattrelos
  Quatre à cinq siècle durant tous les privilèges seigneuriaux appartinrent à l'abbé de Saint-Bavon au nom de sa communauté. Et il y veillait avec une extrême rigueur.
Ainsi, en 1395, un paroissien nommé Buskart, qui habitait une ancienne masure, s'étant avisé de "labourer au louchet", son jardin et d'y semer du lin "pour la nécessité de luy et de sa femme", refusa de payer la dîme sur sa récolte; il remontra au bailly, Robert de le Mairie, que sa demeure était vieille et que, selon les "coustumes et usaiges" observées dans la paroisse de Wattrelos "labourer et cultiver au louchet", de temps immémorial, exonéraient de la dîme.
Pas convaincu, le bailly se saisit du récalciltrant, le jeta en prison, enchaîné et fers aux pieds "comme on ferait d'un larron ou meurdrier". Cette peine accomplie, Buskart fut contraint, le jour de la Toussaint 1395, de porter à la procession, "entre la croix et cure", un cierge neuf pesant six livres qu'il offrit à l'autel; après quoi, à la chapelle, il eut à proclamer "hault et plein": "Je, Buskart, ai porté ce cierge pour l'offense que j'ai faite contre monseigneur et l'église de Saint-Bavon."
Il ne fut quitte qu'au prix, enfin, d'une amende de 60 sols.


3.  La lutte pour le glaive



Wattrelos a-t-elle jamais obtenu une "keure", c'est-à-dire une charte communale? Les historiens ne sont pas d'accord. Oui! dit Théodore Leuridan. Non! affirme Alexandre Pruvost.
Toutefois, l'un et l'autre conviennent que, formelle ou tacite, une coutume particulière à Wattrelos s'instaura dès le XII siècle.
C'est une loi d'émancipation, précise Leuridan, en étayant son propos par des faits concrets:
- affranchissements des serfs en ce qui concerne la main morte: les droits de succession ne s'exerçent plus que sur le meilleur catel qui était, non la maison ou l'étable mais, par exemple, la meilleure pièce de bétail, le plus bel ornement ou le plus beau meuble;
- usufruit de tous les fiefs acquis dans la communauté du mariage accordé à la veuve alors que dans la châtellenie de Lille, elle ne pouvait prétendre qu'à la moitié....
 


4.  Sous le signe de la croix noire



ordonnance à propos du contrôle des productions textiles
  Le 3 juin 1780, le bon peuple, dès la sortie de la messe, au lieu de se disperser ou de gagner les estaminets, fut attiré par le tambour. Le sergent du fief lui annonça à haute et intelligible voix que le bailly et les gens de loi venaient de décider l'ouverture d'un "bureau du scel" en la demeure du plombeur sermenté, Jacques Watteau, plaçé sous le contrôle de quatre égards jurés: Jean-Philippe Delecroix, Augustin Lemay, Jean-Baptiste Lepers et Pierre-François Catteau, tous maîtres-fabricants. Le document était signé par le greffier Louis-Joseph Piat.
C'était l'aboutissement d'une protection de l'industrie wattrelosienne qui avait longtemps consisté en une marque faite d'une croix noire agrémentée d'un jonc de lin gris tramé aux chefs des pièces d'étoffes tissées dans la paroisse pour les "authentifier" et garantir les acheteurs quant à la qualité de la fabrication.


5.  Par le fer et par le feu



Située dans le comté de Flandre, cette proie que se disputèrent les empereurs et les rois, les ducs de Bourgogne, les Flamands de Gand, de Bruges, de Courtrai, les Wallons de Tournai et du Hainaut, les Français capétiens, puis valoisiens, et aussi les catholiques et les réformés, Wattrelos échappa rarement aux incursions, aux saisies, aux réquisitions, aux pillages, aux destructions par le fer et par le feu, à tous ces flux et reflux de troupes dont on ne savait plus très bien qui était l'envahisseur ou le libérateur.
De ceux des grimoires qu'on a pu retrouver, des dates ensanglantées s'égrènent... 1302, 1313, 1329, 1340, 1347.
En 1452, on vit passer au grand galop la cavalerie lourde de comte d'Etampes, Jean de Bourgogne (1415-1491) petit-fils de Philippe III le Hardi et arrière-petit-fils de Jean II le Bon, allant fondre sur les Flamands, des Gantois inférieurs en nombre, retranchés en avant de Tournai au pont de l'Espierre. Et on les revit le soir, aprés leur victoire, rentrer dans Wattrelos pour se rafraîchir et panser les blessés.
 
plan de Wattrelos en 1736

Médaille des Gueux


6.  Autour du donjon



D'après un plan terrier, plan cadastral qui répertorie toutes les parcelles de terrains et dénombre les droits du seigneur, le plus ancien qu'on ait retrouvé, Wattrelos comptait, en 1231, un peu plus de cent foyers, c'est-à-dire quelque 500 à 600 âmes; on recense 229 tenanciers qui relèvent de l'abbaye, parmi lesquels 220 chefs d'entreprise; on ne parle pas des serfs à qui il était interdit d'acquérir des biens fonciers ou immobiliers, qui ne pouvaient quitter la terre où ils étaient nés, mais pouvaient néanmoins atteindre un certain rang social: en 1249, le serf Henri Vos est sergent de l'abbaye.
Il faudra un peu plus de deux siècles pour passer à 179 foyers, en 1491, dont 32 vivaient de l'aumône et parmi lesquels "cinq ou six honnêtes maisons fort pauvres". Le bailly, Jehan de Quartes, note que deux ou trois parmi les plus riches sont partis s'installer à Lannoy.


7.  La Révolution des laboureurs



Le 29 janvier 1790, tous les citoyens actifs de Wattrelos, c'est-à-dire tous les hommes à partir de 25 ans, domiciliés dans le canton depuis un an et payant annuellement un impôt au moins égal à la valeur de trois journées de travail, avisés par des affiches imprimées, étaient appelés à élire la municipalité.
En raison de sa grande étendue, le village fut divisé en deux sections séparées par l'Espierre, le canton du septentrion votant au cabaret de la Vieille-Place, celui du méridien au cabaret du Grand-Sébastien.
Ce jour-là, Wattrelos cessa, administrativement, d'être une seigneurie; le sieur Pierre-Joseph Lefebvre, propriétaire du moulin à huile, rue de Leers, devint maire par 35 voix sur 51 suffrages exprimés.



8.  Labourage et Tissage

Halte à la douane !   Du haut de l'église l'oeil aperçoit, à perte de vue, une plaine verte et plane. A l'est, un petit monticule timide signale les monts de l'Enclus et de la Trinité. Vers le sud, le matin surtout, le ciel est obscurci par un nuage compact de fumée; c'est Roubaix et Tourcoing que l'industralisation va submerger en un laps de temps assez court, un quart de siècle environ.
Et Wattrelos ?

En 1815, c'est encore une commune agricole, divisée, pour les moutons, en trois parcours distincts affectés chacun, avec défense d'en déroger, aux trois propriétaires de troupeaux (Pierre Duthoit, Louis Leuridan et la veuve Louis Desrumeaux). 151 fermiers exercent, dont 110 sont propriétaires fonciers, mais leurs revenus, ou bien sont dissimulés ou bien sont trop modestes, puisqu'on ne relève sur la liste électorale que 57 cultivateurs alors qu'y figurent 62 tisserands, gens à salaires plutôt modérés; par ailleurs, on recence 1230 "individus" occupés dans la filature, à savoir 120 hommes, 650 femmes et 460 enfants.



9.  Un leitmotiv: peu de ressorces



La terre de Wattrelos, la terre qui mettra plus d'un siècle à mourir, ne permettra pas de dégager les ressources nécessaires à la transformation du village en ville. L'industrie, attirée par Roubaix et Tourcoing, ne prendra qu'un relais tardif et insuffisant.
Wattrelos connaîtra donc tous les désavantages d'être, avant la lettre, une "commune-dortoir."
Mais la métamorphose du village en ville a été lente et la gestation douloureuse.En un siècle - de 1800 à 1900 - la population va passer de 4 000 à 26 000 habitants.
  La publicité wattrelosienne au début du siècle.   On assistera à l'éclosion de groupements bâtis le long de la frontière et qui constituent les futurs quartiers du Nouveau-Monde, de la Houzarde, du Mont-à-Leux, du Ballon.
Mais l'intendance ne suivra pas et pour trois raisons, dont on connaît déjà les deux premières: l'impossibilité pour l'agriculture, d'ailleurs insuffisante et en recul, de constituer le support financier de la commune en pleine expension et l'implantation trop tardive et trop modeste de l'industrie.


10.  Comme Job sur son fumier


La belle époque, à Wattrelos, a de singuliers aspects.
"Les quartiers excentriques ne pourront pas.. rester éternellement sans éclairages... si on veut que cette commune possède un bureau d'hygiène, des aqueducs, de l'eau potable, des pavillons d'isolement pour contagieux dans son hôpital, une maternité, des écoles plus nombreuses, un service de désinfection, une goutte de lait, des cantines scolaires, en un mot si on se préoccupe de procurer à ses habitants les améliorations auxquelles ils peuvent légitimement prétendre, il faudra bien créer des recettes nouvelles puisque le déficit est, à Wattrelos, la conclusion logique d'un excédent régulier des charges sur les ressources."
Tel était le tableau peint le 15 août 1906 par le Dr Victor Leplat dans une lettre au préfet du Nord. Il lui remettait sa démisssion de maire, poste qu'il occupait depuis cinq ans et auquel il renonçait sur l'insistance des amis médecins qui lui prodiguaient leurs soins. La lettre était datée d'Evian où le docteur se reposait.
  Victor Leplat, élu maire le 28 juillet 1901



11.  Hofmann, Schneider, Von Kreigsheim und Kie



1914, affiche placardée aux abords de Wattrelos   Le samedi 1er août 1914, entre 16 et 17 heures, apparurent les grandes affiches blanches, barrées de tricolore, proclamant la mobilisation générale pour le 2 août.
Les unes après les autres toutes les activités cessèrent, aussi bien dans les champs que dans les ateliers. Les métiers s'arrêtèrent dans les usines dont beaucoup tournaient au ralenti, les ouvriers belges ayant déjà été rappelés sous les drapeaux par le gouvernement de Bruxelles. Avec leur besace d'outils agricoles, les belges, occupés aux moissons, s'en retournèrent à bord de camions hippomobiles.
Le lundi 3 août, un groupe de Wattrelosiens, valise ou baluchon à la main ou à l'épaule, monta le boulevard de Paris pour gagner Lille à pied.



12.  De grèves en crise


Au lendemain de l'armistice du 11 novembre 1918 in restait à évaluer les dégats.
Pendant les quatre années de guerre les recettes du budget communal avaient été dérisoires: 49 698 F pour 9 748 748 F de dépenses, chiffres qui trouvent leur vraie dimension si on les rapproche des 200 000 F du budget d'avant-guerre.
Les bâtiments n'avaient pas été entretenus ou bien avaient été endommagés, comme l'abattoir; beaucoup d'écoles et d'usines avaient servi d'écuries et devaient être remises en état; le gros matériel des fabriques avait été enlevé ou abîmé; le petit matériel aux Filatures du Sartel avait disparu avec le fumier.



13.  Le prix des larmes et du sang

Le dimanche 3 septembre 1939, au matin, le temps est radieux. Un brillant soleil éclaire les grandes affiches tricolores qui viennent d'apparaître; elles annonçent que la mobilisation générale est commencée depuis zéro heure.
La guerre n'a pas fondu d'un seul coup sur l'Europe. Elle est venue par bonds successifs; retrait de l'Allemagne nazie de la Société des Nations, remilitarisation de la rive gauche du Rhin.
Anchsluss pour absorber l'Autriche, annexion des Sudètes puis de la Tchécoslovaquie tout entière et, enfin, le 23 août, conclusion du traité de non-agression entre Staline et Hitler, donnant à celui-ci les mains libres. Neuf jours plus tard les troupes nazies envahissaient la Pologne.
Cette politique de conquêtes et d'asservissement des peuples aurait dû provoquer l'union sacrée. Il n'en fut rien.
  2 septembre 1944, les wattrelosiens retrouvent la liberté



14.  Trois décennies décisives


A. Faugaret, V. Provo, A. Laurent et J. Deldalle   Libérée, Wattrelos se retrouve avec moins de maisons mais aussi avec moins d'habitants: les morts, l'exode... De 31 084 en 1936, le nombre est tombé à 28 796 en 1946.
Wattrelos qui, entre les deux guerres, commençait seulement à devenir une ville, va-t-elle dépérir et rétrograder au rang de village ?
Un événement et une décision allaient, par leur conjugaison, forcer le destin. L'événement, ce sera la création du Comité Interprofessionnel du Logement (C.I.L.); la décision, le Conseil municipal la prendre le 18 décembre 1959.
Ainsi commencent trois décennies décisives qui allaient rendre la cité enfin vivable et modifier son image.
Le C.I.L. est né, dans la clandestinité et dans le bureau de Gabriel Tétaert, archiviste à la mairie de Roubaix. A la demande de l'industriel Bernard D'Halluin, le secrétaire général de la Bourse du Travail avait accepté un entretien avec Albert A. Prouvost, P.D.G. du peigange Amédée Prouvost et président de la commission interprofessionnelle du logement de Roubaix-Tourcoing crée par le syndicat patronal textile dans le but de participer à la suppression des logements insalubres.



15.  Des microprocesseurs et des berlouffes


D'Allowyn à Alain Faugaret, mille ans se sont écoulés; le recul du temps a mis en perspective les hommes, les choses et les événements, qui ont tissé l'histoire de Wattrelos. Avec cette réserve que, pour la période contemporaine, la vue cavalière fait défaut. Avec le nez et les yeux dessus, étant témoins et acteurs, ne risque-t-on pas de surestimer ou de sous-estimer, d'épingler ce qui sombrera dans l'oubli ou d'omettre ce que retiendra la postérité, de prendre pour historique ce qui n'est qu'épisodique ? Et vice versa...
Alors, que consigner des années que nous vivons ?
Cette image des élèves du collège Pablo-Néruda, qui, sans connaître une seule note de la gamme et sans instrument ont, en juin 1986, composé une musique concrète en traçant sur une grande table graphique des lignes, des tirets, des traits, un espèce de dessin que l'ordinateur a transcrit sur un écran et diffusé en direct, engin qui dispose de six octaves et d'une centaine de timbres musicaux différents contre une dizaine pour un orchestre ?



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